17.09.2007

Yamato yume

Se pincer sur le tarmac. Pleurer. Tituber dans les rues d’Ogikubo au petit matin sous l’œil narquois de ces Rhodan de poche qui dominent la ville. Goûter, encore et encore. S’abriter sous les porches, dans les cours ou près des autels. S’engueuler dans les rues désertes et les Lawson ouverts nuit et jour. Chiner. Se rouler dans une merveille de soie mauve qu’on ne portera jamais plus aussi bien. Attendre sous la pluie sous le regard effaré de ce peuple toujours si bien équipé. Se perdre. Regarder un calligraphe tracer son haïku bancal. Perdre un scrabble contre un aïeul accro au chaï. Bredouiller des calembours en anglais et être la seule à en rire. S’entendre parler de l’Alsace à l’autre bout du monde. Rencontrer un amateur de Gewurztraminer, un professeur de kimono, un peintre, un collectionneur de l’œuvre de Tezuka parlant français et cette amie encore virtuelle. Retrouver cette autre, perdue de vue en France. Pleurer de frustration. Regarder les pieds dans l’eau la plus belle île au monde. Comprendre enfin l’érotisme des nuques parfaites et des hanches étroites. Regarder des dizaines de cooking contests. Se brûler la langue avec ces brioches vapeurs, plaisir donné dans un quartier de luxe. Commencer un carnet, jamais fini. Découvrir le moscow mule. Engloutir le thé glacé au lait par litre. Caresser un chat bus. Se demander pourquoi les actrices pornos gémissent aussi frénétiquement. Se faire jeter d’un love hotel. Se sentir libre, si loin. Jouer avec les clichés. Découvrir ce qu’est réellement le namako. Tomber amoureuse. Se faire marcher sur les pieds. S’agacer de ces perpétuels reniflements qui m’entourent. Etre émue par ces écoliers timides, par ces lycéens admiratifs. Répéter les mots qui sonnent si légèrement dans l’air à peine tiède.

 

 

Y retourner.